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The Oxford companion to the Mind  (Oxford Univ. Press 1987) - trad. française Le cerveau un inconnu  (Robert Laffont 1993), comporte une entrée "Søren Kierkegaard". En voici le texte:

"KIERKEGAARD Søren Aaby (1813/1855). Philosophe danois, fondateur de l'existentialisme. Il étudia la théologie, mais n'entra pas dans les ordres. Souffrant d'une culpabilité mal  définie, il rompit ses fiançailles avec Régine Olsen   et vécut comme un célibataire endurci sur un capital qui à sa mort était réduit à néant. Rejetant les systèmes philosophiques, il soutenait que la subjectivité est la vérité. Il s'en prit à l'église-institution et attaqua aussi ses propres ouvrages dans des articles  anonymes."  No comment.

12 Février 2008.

Dans le numéro HORS-SERIE du Magazine littéraire (Oct-Nov 2007), consacré à la solitude, on trouve un curieux article de Catherine Clément: "Kierkegaard La solitude, un jeu d'enfant" . On y lit par exemple (p. 51) que  Kierkegaard est "[...] docteur en théologie". (Mais non!   Søren  se contenta de la Licence en théologie et du diplôme de Magister en Philosophie! )

Hélas, il y a pire. Page 52, on peut lire "[...]  voici dans le Concept de l'angoisse, la colline aride de Morija. C'est là que le fondateur du judaïsme s'en va, le coeur brisé, pour immoler son fils unique..."

L'auteure aura confondu  avec Crainte et Tremblement... Tout le monde peut se tromper!

Et surtout, un dernier passage laisse songeur. Il vaut  la peine d'être cité in extenso:

"L'instant de la solitude est toujours un vertige; léger comme le champagne, cumulatif jusqu'aux mille être (sic) de Don Giovanni, vacillation de l'être quand  Abraham lève le couteau pour égorger son fils unique. En se baissant sur le dernier acte, le rideau se lève sur la solitude."  (P. 52) .

(Les "mille être(s)" en question  sont  ceux dont parle  Leporello  :  « Ma in Ispagna son già  mille e tre ». C’est à dire 1003 ! Mais bon -  trois de plus ou de moins, on ne va pas chicaner  ...

Plus inquiétant est ce rideau qui se baisse en se levant ! C’est sans doute  la fameuse « dialectique » kierkegaardienne !

Le 14 Mars 2008.

Le livre “Kierkegaard and Radical Discipleship: A New Perspective” (Princeton University Press 1968) a été écrit par un certain V. Eller.  Ce n’est pas génial ni déshonorant.  Juste l’un des nombreux livres sur Kierkegaard que les USA produisent régulièrement. Il n’y a rien à en dire, sauf que V. Eller a dédié son livre à ses deux fils. L’ainé  a pour prénom  Sander Mack. Pourquoi pas ? Les choses se corsent  avec le second, que le père,  emporté par son enthousiasme et sa foi kierkegaardienne a prénommé  Enten !

Comme on le sait Enten/Eller est le titre danois du premier grand livre de Kierkegaard. Mais comment traduire cette expression ?   Les italiens ont choisi   Aut – aut. Les allemands  Entweden – oder . Les anglais  Either – or. La traduction française la plus ancienne (Gallimard) était Ou bien-ou bien. Les Editions de l’Orante ont préféré  L'alternative,  qui peut également convenir. Mais quelle est exactement, pour Kierkegaard, la signification   de ce titre ?

   Chacun sait  que  ce  livre  est construit sur une opposition massive entre les textes de « A » et ceux  de « B », qui illustrent  deux modes de vie (stade esthétique vs stade éthique). Toutefois  il ne fait pas croire  que l’auteur nous impose purement et simplement un choix entre l’une ou l’autre de ces deux « possibilités ». Sa démarche est plus complexe et s’apparente plutôt  à ce qu’on appelle un dilemme.  

 Il s’agit d’un raisonnement qui propose deux thèses opposées (contraires ou contradictoires) dont on montre qu'elles ont des conséquences identiques. Sa formule  complète serait « ou bien A, alors C – ou bien non-A, alors également C » !

Le jeune Kierkegaard usait et abusait de ce tour, qui constitue parfois une véritable mystification. Hostrup le montre jonglant avec les dilemmes (appelés ici des  « Enten-Eller ») ! Voici un  exemple  emprunté à la pièce Gjenboerne. Un personnage  de la pièce ( appelé  Søren Kirk) se fait fort  de démontrer qu’il est impossible de faire plaisir aux suédois.  L’argumentation est simple et irréfutable: ou bien ils ont été brûlés, ou bien ils ne l’ont pas été.  « Aux Suédois qui sont brûlés, nous ne pouvons apporter la joie – parce qu’ils sont brûlés ! Aux suédois qui ne sont pas brûlés, nous ne pouvons pas apporter la joie – parce qu’ils sont contents de n’être pas brûlés ! »  

Ce ne sont, dira-t-on, que de grossières caricatures. Certes... Mais on trouve dans Enten-Eller des raisonnements tout à fait semblables. C’est ainsi  par exemple que l’auteur  explique pourquoi il n’aime pas les jeunes filles : de deux choses l’une, ou bien la jeune fille sera fidèle, ou bien elle ne le sera pas. Si elle est infidèle –   cela ne l’intéresse plus ! Si elle est fidèle,  il est condamné à la supporter ! L’argumentation est souvent plus complexe, les propositions sont habilement enchevêtrées, les « raisons » se mêlent aux affects. Mais on retrouve facilement le même schéma. « Je n’ai le cœur à rien. Je n’ai pas le courage d’aller à cheval, l’exercice est trop violent, ni d’aller à pied, c’est trop fatigant; je n’ai pas le courage de me coucher: ou bien en effet il me faudrait rester dans cette position, et je n’en ai pas le courage, ou bien je devrais me lever de nouveau et je n’en ai pas non plus le courage. Summa summarum: je n’ai le cœur à  rien.» Et surtout celui-ci, qui est peut-être le plus connu de tous, et qui présente pour nous l’avantage d’avoir pratiquement le même titre que le gros livre tout entier:  «Ou bien-Ou bien, discours d’un extatique ». Il est inutile de citer l’ensemble du texte qui commence par  « Marie-toi, tu le regretteras ; ne te marie pas, tu le regretteras également ; marie-toi ou ne te marie pas, tu regretteras l’un et  l’autre ; que tu te maries ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas.» Comme on le sait, la ritournelle recommence avec d’autres conseils  du même ordre (« Ris des folies du monde / ou pleure sur elles - Crois une jeune fille / ne la crois pas  - Pends-toi / ne te pends pas... Dans tout les cas, le résultat est exactement le même!). Surtout, il est frappant de constater que l’expression Enten-Eller est associée de façon insistante avec un dilemme !

C’est pourquoi nous pensons  que l’ensemble du livre « Enten-Eller » peut s’interpréter à la lumière des raccourcis  que nous venons de rappeler. Sa signification,  serait alors la suivante : les deux premiers stades d’existence, l’« esthétique » pure, dénuée de toute signification religieuse, et l’ «éthique »  de type hégélien ou kantien  sont des opposés qui « reviennent au même ». Leur opposition produit  un  dilemme:   ou bien   vous choisissez l' « esthétique » pure (sans  résonance religieuse),  et  vous serez damnés ! Ou bien  vous préférez  l'éthique « kantienne » (sans appel à la foi)  et ... vous serez damnés également ! D’où découle  l’impérieuse nécessité de choisir une « troisième voie »: le « Religieux », qui d’ailleurs, cerise sur le gâteau, est parfaitement compatible avec la présence dans l’existence d’éléments subordonnnés, d’ordre « esthétiques » et « éthiques ».

C.Q.F.D.  

3 Janvier 2008. Décidément, ça commence mal ...

« Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche : le premier est célèbre pour son pessimisme, le deuxième pour son christianisme, et le troisième pour sa critique radicale des deux premiers. » Ainsi parla, ou plutôt écrivit , le regrettable  Luc Ferry, dans Le Point, Hors-série n° 15, de Septembre-octobre 2007.  Page  7.

Pourtant chacun sait  (enfin - devrait savoir...)   que « le troisième » (c’est-à-dire Nietzsche) critiqua certes « radicalement » la religion chrétienne et le pessimisme de Schopenhauer ... Mais que l’occasion de lire  Kierkegaard ne lui fut pas donnée !  (A un poil près, j’en conviens...)

Quant à trouver Kierkegaard « célèbre pour son christianisme », disons que c’est une analyse pour le moins simpliste! M. Ferry doit, j’imagine, trouver  Marx célèbre « pour son athéisme ». En revanche on peut  se demander pourquoi diable Luc Ferry est-il si « célèbre » ?

 

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Fin Janvier 2008 . Décidément, ça continue. Encore plus mal !

Eh oui! Vous l'avez reconnu. Ce fut notre maître à tous! L'immense penseur  qui nous a tout appris... Mais il faut se rendre à l'évidence. On lit dans Différence et Répétition  (1ère éd. PUF 1968 p. 17) ce petit paragraphe  merveilleux, et fautif: « [Kierkegaard et Nietzsche]  inventent dans la philosophie un incroyable équivalent du théâtre, et par là fondent ce théâtre de l’avenir en même temps qu’une philosophie nouvelle. On dira que, au moins du point de vue théâtre, il n’y a pas du tout réalisation ; ni Copenhague vers 1840  et la profession de pasteur, ni Bayreuth et la rupture avec Wagner, n’étaient des conditions favorables. »

Fautif, d'abord parce que le théâtre, à "Copenhague vers 1840" connut un essor sans précédent, sous l'influence, entre autres du Directeur du Théâtre Royal, Johan Ludvig Heiberg, et de son épouse Johanne Luise.( Kierkegaard lui consacra un remarquable petit livre.) Mais ensuite et surtout parce que notre philosophe n'exerça jamais "la profession de pasteur"...  Nobody is perfect.

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Qui se souvient des travaux de ce polygraphe acharné, bon connaisseur du romantisme allemand, qui fut longtemps caïman à l'Ecole Normale, et professeur à Strasbourg ? Il produisit même un petit livre sur Kierkegaard (chez Seghers). Que n'a-t-il eu la curiosité d'y jeter un coup d'oeil avant d'asséner cette formule définitive - je cite:

"Mais Kierkegaard, esprit religieux, évoque la présence intime de l'absolu et de l'au-delà, ce qui ne manque pas de le faire suspecter par Kant d'illuminisme."  

Voilà, expressis verbis, ce qu'on peut lire dans l'une de ses dernières productions (Georges  Gusdorf  Lignes de vie 2. "auto-bio-graphie")

Si du moins l'on a la patience d'aller jusqu'à la page 381 ! Mais reconnaissez que cela en vaut la peine: Kant, critique de Kierkegaard, c'est ce qu'on appelle un scoop !

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