Le blog
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« Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche : le premier est célèbre pour son pessimisme, le deuxième pour son christianisme, et le troisième pour sa critique radicale des deux premiers. » Ainsi parla (ou plutôt écrivit) l’incontournable  Luc Ferry, dans Le Point, Hors-série n° 15, 9/10 2007 p. 7 Pourtant nul n’ignore  que « le troisième » (c’est-à-dire Nietzsche) critiqua certes « radicalement » la religion chrétienne et le pessimisme de Schopenhauer. Mais que l’occasion de lire  Kierkegaard ne lui fut pas donnée !   Quant à trouver Kierkegaard « célèbre pour son christianisme », disons que c’est une analyse pour le moins simpliste! On peut  se demander pourquoi diable Luc Ferry est-il si  célèbre  ?

    Ce fut notre maître à tous! L'immense penseur  qui nous a tout appris... Mais il faut se rendre à l'évidence.

On lit dans Différence et Répétition  (1ère éd. PUF 1968 p. 17) ce petit paragraphe  merveilleux et fautif : « [Kierkegaard et Nietzsche] ...  inventent dans la philosophie un incroyable équivalent du théâtre, et par là fondent ce théâtre de l’avenir en même temps qu’une

Ce texte est discutable, d'abord parce que le théâtre, à "Copenhague vers 1840" connut un essor sans précédent, sous l'influence, entre autres de Johan Luddvig Heiberg, et de son épouse Johanne Luise, à qui Kierkegaard consacra un remarquable petit livre. Mais surtout parce que notre philosophe n'exerça jamais "la profession de pasteur". Nobody is perfect.

The Oxford companion to the Mind  (Oxford Univ. Press 1987) - trad. française Le cerveau un inconnu  (Robert Laffont 1993) - ouvrage de vulgarisation clair et intéressant, comporte une entrée "Søren Kierkegaard".  En voici le texte:

Qui se souvient encore  de ce polygraphe impénitent,  bon connaisseur du romantisme allemand, qui fut longtemps caïman à l'ENS, puis professeur à Strasbourg ? Il produisit même un petit livre sur Kierkegaard (chez Seghers). Que n'a-t-il eu la curiosité d'y jeter un coup d'oeil avant d'asséner cette formule définitive - je cite:

Dans le numéro HORS-SERIE du Magazine littéraire (Oct-Nov 2007), consacré à la solitude, on trouve un curieux article de Catherine Clément: "Kierkegaard La solitude, un jeu d'enfant" . On y lit par exemple (p. 51) que  Kierkegaard est "[...] docteur en théologie". (Comme on sait,   Søren  se contenta de la Licence en théologie, ce qui était déjà un gros morceau,  et du diplôme de Magister en Philosophie! Mais ne pinaillons pas !)  Malheureusement,  il y a pire. Page 52, on peut lire "[...]  voici dans le Concept de l'angoisse, la colline aride de Morija. C'est là que le fondateur du judaïsme s'en va, le coeur brisé, pour immoler son fils unique..." L'auteure aura confondu  avec Crainte et Tremblement... Tout le monde peut se tromper! Mais surtout, un dernier passage laisse songeur. Il vaut  la peine d'être cité in extenso: "L'instant de la solitude est toujours un vertige; léger comme le champagne, cumulatif  jusqu'aux mille être (sic) de Don Giovanni, vacillation de l'être quand  Abraham lève le couteau pour égorger son fils unique. En se baissant sur le dernier acte, le rideau se lève sur la solitude."  (P. 52) . (Les "mille être(s)" en question  sont  ceux dont parle  Leporello  :  « Ma in Ispagna son già  mille e tre ». ! (Trois de plus ou de moins, on ne va pas chicaner  ... ) Plus inquiétant est ce rideau qui se lève en se baissant! Faut-il y voir un exemple de la « dialectique » kierkegaardienne ?

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Ici, à gauche, dans ce cadre champêtre, c'est bien le  jeune Vernard Eller, à l'époque où il publiait dans un journal de Chicago (The Christian Century)  un article proposant l'unification de toutes les églises protestantes américaines. Le projet ne rencontra malheureusement aucun succès.

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philosophie nouvelle. On dira que, au moins du point de vue théâtre, il n’y a pas du tout réalisation ; ni Copenhague vers 1840  et la profession de pasteur, ni Bayreuth et la rupture avec Wagner, n’étaient des conditions favorables. »

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"KIERKEGAARD Søren Aaby (1813/1855). Philosophe danois, fondateur de l'existentialisme. Il étudia la théologie, mais n'entra pas dans les ordres. Souffrant d'une culpabilité mal  définie, il rompit ses fiançailles avec Régine Olsen   et vécut comme un célibataire endurci sur un capital qui à sa mort était réduit à néant. Rejetant les systèmes philosophiques, il soutenait que la subjectivité est la vérité. Il s'en prit à l'église-institution et attaqua aussi ses propres ouvrages dans des articles  anonymes."  (C’est moi qui souligne...)

No comment.

"Mais Kierkegaard, esprit religieux, évoque la présence intime de l'absolu et de l'au-delà, ce qui ne manque pas de le faire suspecter par Kant d'illuminisme."  Voilà, expressis verbis, ce qu'on peut lire dans l'une de ses dernières productions (Georges  Gusdorf  Lignes de vie 2. "auto-bio-graphie")   Si du moins l'on a la patience d'aller jusqu'à la page 381 ! Mais reconnaissez que cela en vaut la peine: Kant, critique de Kierkegaard, voilà  ce qui s’appelle un scoop !

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( Nobody is perfect...)
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Kierkegaard and Radical Discipleship: A New Perspective   a été publié en 1968 par  un certain  Vernard Eller.  Ce  n’est pas  génial,  ni  déshonorant.  Juste  l’un des  nombreux livres sur   Kierkegaard   que  les  USA  produisent  régulièrement.   Il  n’y a rien à en dire, sauf que Vernard Eller a dédié son  livre  à  ses  deux fils. L’ainé   a pour  prénom   Sander  Mack. Jusqu’ici, rien  à redire. Mais les choses se corsent  avec le second fils, que le père (  emporté par son enthousiasme  kierkegaardien) a prénommé... Enten . Enten Eller, cela rappelle quelque chose !

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Madame Hélène Politis, qui enseigne la philosophie à Paris 1 - Sorbonne, a consacré des travaux remarqués à Søren Kierkegaard. Son dernier livre a pour titre   Le concept de philosophie constamment rapporté à Kierkegaard . Le pupitre très reconnaissable du philosophe est représenté (« daguerréotypé »!) - en page de couverture, par une certaine Vigilia Parisiensis, avatar féminin d’un illustre pseudonyme...

Ladite  Vigilia  « tient à souligner » que l’examen d’un index de dix pages « [...] ne saurait se substituer à la lecture [du] livre en son entier » (Cf. p. 369). C’est sur cette révélation que nous souhaitons, comme l’écrit - p. 141 -  notre auteur « clore ce chapitre sans le fermer ». (Sic)

Le plus horrible est à venir.

Paul Ricoeur fut pour les gens de ma génération, le penseur le plus clair, le plus profond qu’on puisse imaginer. Ajoutez à cela une immense culture qui éblouissait toujours ses étudiants.

Quelle n’est pas la stupeur de trouver sous sa plume une bourde colossale qu’on ne supporterait pas d’un élève de troisième! La mort dans l’âme, je cite - ou plutôt je copie ...

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Voilà! C’est dans Temps et récit III (Le temps raconté) . Page 135. Mais ce temps raconté-là nous raconte des histoires ! Relisons simplement les trois dernières lignes. Il est bien vrai qu’ une « dimension temporelle [...] est introduite en astronomie » et qu’elle « autorise à parler d’un âge de l’univers » . Mais  cet « âge » n’est pas « compté en années-lumières », pour la bonne raison que l’année-lumière ne mesure pas le temps, mais l’espace ! L’année-lumière désigne la distance parcourue  par la lumière en une année. Soit environ 9 461 milliards de kilomètres  .  Quant à l’âge de l’Univers (depuis le big-bang), il est compté en années tout court :15 milliards, à ce qu’on dit.

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         Un peu d’autocritique ...

Comme disait Talleyrand :

 

« C’est un grand avantage de n’avoir rien écrit ... Mais il ne faut pas en abuser .»