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Kierkegaard n’est pas un « auteur comique » - même si, à l’occasion (et en fait très souvent), il dit, écrit, des choses drôles. Ce n’est pas davantage un « théoricien  du rire », même s’il lui arrive d’analyser les procédés de l’humour, de l’ironie. Ses vraies préoccupations, en tant qu’auteur, sont plus élevées, ses recherches plus complexes, ses théories, plus abstraites.  Il reste que le comique est toujours discrètement présent dans sa pensée, ses propos, ses écrits.

Mais, dans ce domaine comme dans bien d’autres, Kierkegaard procède surtout par allusion.

Peut-être le commentateur serait-il bien inspiré d’en faire autant ...

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Sur le caractère « comique » de la physiologie du cerveau.

« Qu'un homme dise à la fois avec simplicité et profondeur « je ne vois pas à l'oeil nu comment une conscience naît,,. » - il n'y a rien à redire à cela.  Mais qu'un homme chausse ses yeux du microscope et voie et voie et voie... et pourtant n'y voie rien : c'est comique! et surtout c'est ridicule que ce doive être du sérieux.  Regarder l'invention du microscope comme un peu de divertissement, un peu de passe-temps, passe encore; mais comme du sérieux, quelle infinie bêtise!  Déjà, l'imprimerie est presque une invention satirique, car mon Dieu! a-t-on donc constaté un si grand nombre de gens ayant vraiment quelque chose à dire.  Ainsi donc cette invention énorme a servi à diffuser tout ce flot de sottises qui, autrement, fussent restées mort-nées. Papirer  VII A 186 (trad. Ferlov/Gateau)

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Qu’est-ce qu’être « comique » ?

Selon Kierkegaard, être « comique » ou « ridicule. » c’est faire involontairement ce qu’on voulait à tout pris éviter. C’est être, à son propre insu, ce qu’on redoute le plus d’être, et par l’activité même par laquelle on cherche à l’éviter. En ce sens, Kierkegaard dit également que c’est être « opaque ». (la « tranparence » est pour lui la qualité suprème...). « Ce qui peut arriver de plus terrible à quelqu’un, c’est de devenir comique à lui-même sur l’essentiel, de découvrir par exemple que le centre de ses sentiments n’était que farce... (Pap. 1 IV A 166. Ferlov. T.1, p. 185

De quoi riait Kierkegaard ?

Vers 1837 le jeune Søren Kierkegaard, étudiant très occasionnel en théologie, et professeur de latin à la Borgerdydskole, occupait ses nombreux loisirs à tenter de construire une vaste théorie d’anthropologie génétique : il s’agissait de déterminer les principales étapes franchies par l’humanité au cours de son histoire. Grand lecteur de  contes et légendes, Kierkegaard s’appuyait principalement sur l’analyse  des grands mythes (Faust, Don Juan, et enfin Ahasvérus, le Juif errant …)  récemment popularisés par le romantisme allemand.  Mais son activité professionnelle au demeurant peu absorbante, qui le mettait en contact avec des enfants et des adolescents d’âges divers, lui suggéra une approche sensiblement différente. « Il serait intéressant, écrit-il dans son journal, de suivre le développement de la nature humaine (chez l’homme individuel, donc aux différentes époques de la vie) en montrant de quoi on rit aux différents âges. On pourrait  faire ces expériences en utilisant un seul et même auteur, par exemple notre écrivain-source, Holberg, ou bien en s’appuyant  sur différentes sortes de comique. » Un an plus tard le père de Kierkegaard mourait. Le (désormais) riche héritier s’empressa d’abandonner son emploi de professeur, et n’entreprit jamais de mettre en œuvre un  projet  pourtant plein d’intérêt. A défaut de réponse, nous avons du moins une bonne question, que l’on pourrait d’abord poser à son auteur: qu’est-ce qui faisait rire Kierkegaard ?

    Un grand nombre d’histoires  drôles  se terminent par une sorte de point d’orgue - que l’on appelle une « chute ». Ce qui caractérise le plus souvent les situations  qu’apprécie Kierkegaard, est, paradoxalement, l’absence de chute.  Et parfois même l’absence de fin, comme si la situation « comique » ne pouvait que se prolonger indéfiniment. C’est ainsi qu’il évoque rapidement (dans In vino veritas  la posture insolite de « [...] l’homme qui , debout sur un pied, lit « attention, piège à renard » et n’ose plus ramener sa jambe ni la poser par terre » . La chute - (dans les deux acceptions du mot), se trouve ici  indéfiniment retardée. Mais pourtant  inéluctable.   Le même schéma se retrouve dans un passage des Stades sur le chemin de la vie  (Ed. Laffont p. 1132). Voici l’histoire:  « Un sourd entre dans une salle de réunion au cours des débats : il ne veut pas déranger et il ouvre la porte tout doucement. Malheureusement, elle a le défaut de grincer. Il ne peut l’entendre ; il croit agir en toute décence mais  la lenteur de l’opération prolonge le grincement. On s’impatiente. Quelqu’un se retourne et lui fait « chut » ; il croit qu’il pousse sans doute la porte trop brusquement et le bruit continue. »

Cette situation, écrit Kierkegaard, relève simplement de la « plaisanterie ». Pour accèder au niveau supérieur,  il faut ajouter, nous dit l’auteur,  un « appoint de sentiment » . C’est ce qui se produit par exemple dans une situation (imaginaire ?) dans laquelle deux amoureux (deux fiancés peut-être) sont à la fois en accord et en désaccord.  «  Il y a  accord  : ils s’aiment. Et un grand  désaccord  : « elle reste dans les catégories esthétiques, lui est sous l’empire de l’esprit, orienté vers le religieux ».  Cette nouvelle situation relève, écrit  Kierkegaard, du « tragi-comique ». « Le tragique, c’est que deux amants ne se comprennent pas, le comique c’est que deux êtres qui ne se comprennent pas - s’aiment pourtant !» (Ibid.)

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à suivre