Sur le rire et l’agression chez Søren Kierkegaard
1) Dans sa famille, on l’appelait « la fourchette ». Ce sobriquet provenait,
paraît-
-
-
Même si telle est bien l’origine de ce surnom, le simple fait qu’il ait été conservé si longtemps après l’incident qui lui avait donné naissance suggère une interprétation moins anecdotique. C’est que le jeune Kierkegaard était généralement redouté (et parfois détesté) pour ses remarques acérées et blessantes. Un certain nombre de bons mots, attribués à Kierkegaard ont d’ailleurs été rapportés par des familiers, ou d’anciens condisciples. Ces mots d’esprit baignent tous dans une même atmosphère, qui est celle de l’agression : le comique est utilisé le plus souvent pour faire souffrit ou humilier. L’un de ses camarades de classe (Peter Munthe Brun) a rapporté l’étonnement d’un professeur, avisant l’un des « grands » qui pleurait dans son coin. Il lui demanda ce qui n’allait pas reçut cette réponse :
-
-
De fait il lui arriva plus d’une fois de se faire rosser par ses camarades exaspérés.
2) Les professeurs qui faisaient preuve de faiblesse furent également victimes
des railleries du jeune Kierkegaard. Son frère même, qui enseigna un an le grec en
seconde eut semble-
Il manquait à ce point d’autorité qu’au cours d’une de ses classes, les élèves allèrent jusqu’à préparer – et consommer – un véritable repas « avec sandwichs et bière » ! Le professeur, jugeant que les choses allaient trop loin, menaça d’aller se plaindre au Directeur de l’école, le très redouté Nielsen. « A ce moment, raconte Welding, nous entourâmes tous Mathiessen, et le suppliant et en promettant de nous amender. SK se contenta de dire « Vous pouvez aussi informer le Directeur que nous nous conduisons toujours ainsi pendant vos cours… ». Mathiessen s’assit, et ne parla de rien à la direction.
On saisit ici sur le vif l’un des procédés caractéristiques de ce qu’il faut bien
appeler la stratégie kierkegaardienne. Précisons d’abord que, malgré les apparences,
les enjeux sont loin d’être négligeables. Le jeune Kierkegaard est sans doute aussi
inquiet que ses camarades, probablement plus. Il éprouve pour Nielsen un respect
qui frise la dévotion; le directeur de son côté a souvent fait montre de sa sympathie
pour le jeune garçon. C’est dire que Søren a tout lieu de redouter la colère, prévisible,
du chef d’établissement, et le « retrait d’affection » qui pourrait s’ensuivre.
… Dans cette affaire, il joue le tout pour le tout. Sa réplique – simple et directe
en apparence, mais tortueuse au fond et riche en sous-
Il est clair que Kierkegaard se démarque d’un coup de tous ses camarades. Dans
le ton d’abord : là où les autres élèves s’excusent longuement et tentent d’amadouer
le maître par des promesses hypocrites et mielleuses, son discours tranche par son
laconisme, et sa brutalité. Là où les autres mentent, il affecte de dire la vérité:
nul n’ignore que le chahut est permanent. Mieux, il en rajoute ! Car enfin ce n’est
pas tous les jours que l’on festoie en classe ! Loin de minimiser la faute, il
cherche à l’aggraver. C’est qu’il fait le pari – gagnant – que Mathiessen sera
incapable de porter une accusation aussi lourde, qui dévoilerait ses propres insuffisances.
C’est pourquoi, au-
3) La principale caractéristique des relations, souvent conflictuelles, que le philosophe danois entretiendra avec ses contemporains semble ainsi se dessiner dès l’enfance, sous les signes conjugués du rire et de l’agression. Nous retrouverons cette association explosive sous différentes formes dans l’œuvre de Kierkegaard, mais aussi – et c’est cela qui nous retiendra ici, dans les rapports quotidiens qu’il entretient avec son entourage. De nombreuses anecdotes mettent en évidence cette mystérieuse solidarité du comique et de la violence. On peut les ranger dans trois grands groupes.
4) Nous distinguerons d’abord celles qui manifestent l’ironie. Classiquement définie comme le procédé par lequel on veut faire entendre le contraire de ce qu’on dit, l’ironie est sans doute l’un des modes d’expression favoris de notre auteur. Elle consiste le plus souvent à mêler étroitement l’éloge et la critique. Brøchner en donne un exemple significatif dans ses Souvenirs.
Le philosophe, qui méprise l’évêque Mynster, se garde bien d’exprimer directement
son sentiment ; au contraire, décrivant le prélat, il ne tarit pas d’éloges – empoisonnés.
C’est ainsi qu’il mentionne « […] son allure majestueuse, imposante, mais aussi
son intelligence et ses bonnes manières. C’était un homme du monde accompli, bien
supérieur à la plupart des jeunes gens bardés de philosophie qui avaient cru pouvoir
le traiter en quantité négligeable. […] Il insista beaucoup sur le fait que la
force de Mynster résidait dans son savoir-
5) Il ne faut pas confondre l’ironie et l’humour. Celui que pratique de préférence Kierkegaard nous fait assister au télescopage subit de deux domaines fortement opposés, comme ceux du comique et du tragique, du sublime et du sordide, de plaisant et du sérieux, etc. On en trouverait un exemple modeste mais caractéristique dans la petite histoire racontée par Brøchner (op. cit.) :
« […] il (SK) avait eu la visite, quelques années auparavant, d’un universitaire
allemand à qui on avait dû le présenter comme une curiosité nationale. Il reçut l’Allemand
très poliment, mais l’assura que cette rencontre devait résulter d’un malentendu.
« Mon frère, le Docteur, expliqua-
L’effet comique (d’ailleurs discret) provient ici de la juxtaposition brutale de deux mondes généralement séparés, celui de la haute culture et du commerce populaire. Mais une association bien plus explosive se trouve réalisée dans le dernier texte des Souvenirs.
Kierkegaard va bientôt mourir. Brøchner le rencontre pour la dernière fois ; ils
viennent de parler, très sérieusement de la lutte désespérée contre l’institution
religieuse que mène le philosophe. Et, au moment de prendre congé « (SK) me dit sur
le ton de la blague « Maintenant je rentre chez moi, et je vais me coucher. Et je
dis au monde ce que disait le Conseiller… » Je lui demandai ce que le Conseiller
avait dit. Il me raconta que dans cette même rue, avait vécu un original qui avait
le titre de Conseiller. Régulièrement, tous les soirs, il avait le même dialogue
avec le veilleur de nuit. Quand le veilleur avait crié « il est dix heures », le
Conseiller ouvrait sa fenêtre et demandait : « Veilleur, quelle heure est-
L’expression finale est si grossière que la prude revue Le Dix-
6) Mais l’ironie et l’humour, chez Kierkegaard, font nécessairement usage du mode de communication verbal. Dans tous les cas, il s’agit de troubler, surprendre, embarrasser par l’intermédiaire de ce qui est dit, à la rigueur, écrit. Or les contemporains nous ont laissé également des récits tout à fait différents, dans lesquels le support verbal n’est pas toujours nécessaire. Il s’agit donc de farces plus ou moins spirituelles dont ses proches furent victimes. Le scénario en est toujours le même, il relève de ce que qu’on peut appeler la trape, ou mieux encore, le piège. En voici quelques exemples, parmi beaucoup d’autres cités dans le recueil de M. Kirmmse.
7) Le premier de ces “pièges” concerne un certain Carl Frederik Karup (1828/1870) qui fut successivement comédien, libraire, imprimeur, professeur, journaliste, éditeur, prêtre, et en permanence, écrivain. Son œuvre traite indifféremment de théologie, droit, politique, philosophie, histoire, géographie, critique, esthétique. Elle n’a pas laissé grand souvenir dans la mémoire collective mais doit d’être cité ici à la farce déplaisante qu’il raconte dans son ouvrage autobiographique Le Roman de ma Vie (1864).
La librairie dans laquelle il travaillait étant jeune était dirigée par un juif. Kierkegaard, qui fréquentait assidûment la boutique, prit un jour le jeune homme à part et lui demanda s’il était chrétien. Ayant reçu une réponse affirmative, il s’étonna de le voir travailler pour un juif.
« C’est, répondit le jeune employé, qu’il a besoin de moi…
-
Le jeune libraire objecta qu’il y avait tout de même une différence…
« Bien sûr, répondit Kierkegaard, mais vous êtes pourtant en grand péril. Vous êtes tout simplement aux portes de l’Enfer ! »
Il expliqua au naïf adolescent qu’il suffisait d’être au service de celui qui allait droit à la damnation éternelle pour courir exactement le même risque… A ce moment, le patron entra dans la boutique, et Kierkegaard attira son attention sur le fait qu’en tant que juif, il mettait son ouvrier dans une situation dangereuse. Rougissant sous l’insulte, le libraire répliqua : « Juif ou chrétien – quelle importance ? dès l’instant que l’on donne à chacun son dû et qu’on traite tous les hommes avec équité ? Quelle importance ? répondit Kierkegaard en éclatant d’un rire moqueur. Bien sûr, vous avez raison, on ne risque pas la prison pour cela. Mais si l’on est juif – et qu’on le reste, on n’en ira pas moins directement en enfer. Adieu » (3)
« Adieu », en français! Occurrence rare chez Kierkegaard qui n’avait qu’une connaissance
rudimentaire de notre langue. Peut-
En lisant le texte qui précède (et cela vaut également pour celui qui va suivre)
nous sommes choqués, à juste titre, par ces manifestations d’antisémitisme primaire.
Sans prétendre excuser des propos qui nous semblent en effet intolérables, nous
pouvons chercher à les comprendre. Les juifs, assez peu nombreux, constituent au
Danemark dans la première moitié du XIXème siècle une population de second rang encore
mal intégrée. Rappelons que les mariages « mixtes » ne sont pas admis avant la fin
du XVIIIème siècle (1798). En 1814 un décret royal accordera aux juifs des droits
civiques identiques à ceux des autres danois. Encore l’application réelle tarde-
En outre, les lecteurs qui connaissent l’œuvre du philosophe seront surpris par
les considérations étranges développées dans le récit concernant Karup. Le philosophe
Søren Kierkegaard écrit par exemple dans le Post-
8) Quoi qu’il en soit, cette anecdote peut être rapprochée d’une histoire (tout
aussi regrettable d’ailleurs) mais dont la signification, et la chute sont tout de
même très différentes. Les faits sont rapportés par A.F Schiødte et confirmée par
la victime elle-
La victime, en l’occurrence était le secrétaire de Kierkegaard, Israël Levin, que
le philosophe aurait un jour félicité pour la « chance qu’il avait d’être juif ».
Car, expliquait-
Toujours est-
9) Si l’histoire de Levin est l’histoire d’un échec, puisque Kierkegaard finit
par tomber lui-
« Rothe avait séjourné longtemps à l'étranger; il avait suivi des cours à Strasbourg et ailleurs. Il était très fier de tout le savoir qu'il avait accumulé. Lorsqu'il le rencontrait, K. manquait rarement de lui demander de présenter les données scientifiques les plus importantes tirées de ses voyages à l'étranger. Quand Rothe résumait ses derniers acquis en énonçant telle ou telle proposition, K. arrivait toujours à lui démontrer que c'était quelque chose de très ancien. Ou bien il lui posait de petites questions sur « quelque chose qui ne lui paraissait pas tout à fait clair » dans ce qui avait été présenté, jusqu'à plonger le pauvre théologien, qui n'était pas très doué pour la pensée abstraite, dans une telle confusion qu'il ne savait plus à quel saint se vouer. Quand il l'avait réduit à ce point, K. se souvenait brusquement qu'il était très pressé et devait absolument se rendre quelque part. Et il laissait ainsi le Licencié en pleine confusion, pour la plus grande joie des assistants. » Mais ce ne sont que peccadilles. Les Souvenirs de Brøchner nous révèlent un Kierkegaard plus arrogant et plus cruel encore.
10) Il évoque fièrement pour son ami Brøchner, quelques souvenirs d’un voyage fait en juillet/août 1840 à Sæding, la ville natale de son père. Comme ce dernier avait fait une donation importante pour aménager l’école du village, le jeune Søren fut reçu en grandes pompes par les autorités locales. L'instituteur, par obligation professionnelle, s'activa tout particulièrement. « J'ai vraiment eu peur, disait Kierkegaard, que l'on dresse un arc de triomphe en mon honneur…! ». « A la fin du séjour, au moment de quitter définitivement la bourgade, il passe en voiture devant l'école. Les élèves étaient alignés pour chanter une chanson composée par le maître en l'honneur du visiteur. C’est le maître qui devait diriger l'exécution. Il en tenait une copie à la main et s'apprêtait à donner le signal du début. La voiture s'arrêta près du maître, K. avec son sourire le plus aimable se pencha vers lui et prit le texte comme s'il voulait le lire. Aussitôt, il fit signe au cocher de continuer sa route; toute la préparation fut réduite à néant. L'instituteur qui ne savait pas son texte par cœur ne put faire entonner la chanson. Les enfants restèrent muets et stupéfaits. Et la voiture de S.K. s'éloigna, tandis qu'il saluait d'un signe de tête en riant sous cape de la déception du maître. »
Cet épisode a suscité l’indignation des commentateurs. “This is a disgraceful
story, and can only be excused, if at all, as a young man’s prank!” écrit par exemple
Croxall (4). Le philosophe lui-
Analyse du corpus
11) Les quatre récits présentent un certain nombre de traits communs qui justifient leur présence dans le corpus. Leur signification, à expliciter dans chaque cas particulier, est totalement dénuée d’ambiguïté: il s’agit manifestement dans tous les cas d’une mauvaise plaisanterie, d’une farce ourdie et réalisée par Søren Kierkegaard. Avant d’examiner les traits distinctifs de chacun des récits, il convient de montrer plus précisément ce qui permet de les grouper dans la même catégorie.
a) Avouons d’abord que notre connaissance des faits reste approximative. S’agissant d’évènements relativement lointains et de faible importance, concernant des personnages secondaires, n’ayant guère laissé de trace, il est impossible d’avoir une certitude absolue. Autant qu’on puisse savoir, ils ont dû se produire à peu près comme ils sont racontés. Ce qui nous incite à le penser, c’est précisément le constat d’une large identité de structure entre des récits effectués par des personnes différentes, qui ne se connaissaient pas (ou peu).
b) Kierkegaard, auteur présumé des faits, en est parfois le « narrateur » (cf. le « Maître d’école »), mais il n’est l’auteur d’aucun des textes.
c) Ces récits ne concernent que des hommes. Les règles de la courtoisie en vigueur dans ce milieu interdiraient de ridiculiser ainsi gratuitement une personne du beau sexe. Les différents protagonistes gravitent tous peu ou prou dans le même milieu « intellectuel ». Même les « maître d’école » tient à affirmer son appartenance à la classe des « lettrés ». De plus, et ce trait est essentiel, ils ont tous un statut inférieur à celui de Kierkegaard.
d) Les faits évoqués sont de gravité moyenne. Les conséquences matérielles (sur le plan juridique, économique, ou biologique) sont insignifiantes. Mais les agressions qui sont décrites ici peuvent avoir une signification psychologique, difficilement mesurable, mais incontestable. Elles manifestent en tous cas une malveillance calculée et un certain mépris pour les victimes.
c) Le scénario est toujours le même. Tout commence par une remarque anodine, qui a pour effet de rassurer la future victime. Puis intervient l’agression proprement dite, qui déconcerte l’interlocuteur. C’est le plus souvent une attaque verbale (« vous êtes en grand péril », « vous vous gobergez à votre aise ») Ce peut être une conduite inattendue (s’emparer du texte). La dernière étape est la moins visible mais la plus intéressante : l’auteur de l’agression s’éclipse brusquement, rendant toute réponse impossible. Comment, ou plutôt à qui répliquer, si l’interlocuteur a disparu ? Tout se passe comme si Kierkegaard, en fin psychologue, avait compris que cette disparition augmentait considérablement le retentissement de l’agression.
12) Les récits concernant le Maître d’école et Rothe peuvent être considérés comme
des exemples de pièges fonctionnant parfaitement. Les malheureux sont purement et
simplement mystifiés par le génial plaisantin, qui les roule joyeusement dans la
farine. Il faut d’ailleurs reconnaître qu’il n’a aucun mal à le faire. La différence
(intellectuelle ou sociale) est telle, entre le persécuteur et sa victime, qu’ils
n’ont guère de chance de triompher dans un combat trop inégal. Rothe, a laissé le
souvenir d’un brave homme – mais certes pas d’une lumière... ! Quand au Maître d’Ecole
(en fait simple bedeau d’une bourgade rurale à laquelle le père de Kierkegaard avait
fait une donation importante), il était écrasé d’avance par le brillant étudiant
de la Capitale. Nous laisserons ces sans-
Avec Karup, le combat est inégal, mais on devine pourtant une obscure résistance. La victime désignée est un jeune commis que le philosophe guette depuis longtemps. Fort de son âge, de son savoir, de sa notoriété et de sa richesse (c’est, de plus, un bon client de la librairie), Søren Kierkegaard mystifie assez facilement le timide adolescent, et ne se donne guère de mal pour justifier ses étranges affabulations « théologiques ». Déjà l’intervention inattendue du propriétaire, sa réplique immédiate et convaincante, sa colère visible (il rougit) et son franc parler déstabilisent en partie Kierkegaard. Mais il ne voit dans cette intervention qu’un épisode insignifiant, puisque, quelques jours plus tard, le jeune homme quitte effectivement son emploi.
Nous avons toutefois omis un détail qui risque de modifier l’interprétation des faits. Car il y a une suite, et elle mérite d’être contée. Le jeune homme, sans emploi, manqua rapidement de ressource. Enfer ou pas, en attendant, il fallait bien vivre, et les temps étaient difficiles. Karl Frederik trouva finalement à s’employer dans une grande entreprise de la ville où il resta deux ans. L’autobiographie qu’il rédige et publie peu avant de mourir (6) nous apprend, sans commentaire particulier, qu’il s’agissait de l’imprimerie Cohen ! Le piège avait sans doute fonctionné, mais il avait tout de même laissé échapper sa proie...
13) L’histoire « Levin » présente une particularité unique (dans le corpus présenté
– pas dans la réalité !). Elle commence, comme toutes les autres, par une agression
verbale qui vise à blesser ou à humilier. Levin y est habitué et il supporte généralement
les rebuffades sans sourciller. Mais ici Kierkegaard a mal mesuré ses forces, il
frappe trop fort, en conjuguant agression personnelle et attaque ethnique. C’est
la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Levin n’est plus un jeune homme, il a
derrière lui une œuvre hétéroclite mais respectable, il n’est pas totalement dépendant
de Kierkegaard, et surtout, il a très mauvais caractère... Il n’accepte pas l’affront,
mais, avec une grande intelligence de la situation, au lieu de se mettre en colère,
il réplique en assumant l’attitude habituelle de Kierkegaard. C’est lui qui quitte
la pièce sans rien dire... Nous avons longtemps hésité à faire figurer dans le corpus
des « agressions kierkegaardiennes » cet épisode insolite où l’on voit la situation
se renverser totalement, et le persécuteur devenir à son tour persécuté, abandonné
à lui-
NOTES
1) Sauf exceptions signalées en note, les passages que nous traduisons ou auxquels nous nous référons sont extraits du remarquable Kierkegaards Truffet – et liv set af hans samtidige. (A la rencontre de Kierkegaard, une vie vue par ses contemporains).Copenhague 1966. Recueil de textes collectés et édités par M. Bruce H. Kirmmse. Une édition en anglais (Encounters with K.) a paru la même année aux Indiana University Press.
2) Lit. « Tu peux lui dire de me lécher le cul ! ».
3) Cf. Kirmmse op. Cit. P. 97
4) T.H. Croxall. Glimpses and Impressions of S. Kierkegaard.1959 p. 22 note 5
5) Pap. III A 81. Trad. Gateau et Ferlov Journal t 1 p 124. Traduction retouchée.
6) Karl Frederik Karup. Mit Livs Roman . Copenhague 1864