Le Littré, pour définir le mot « insolite » retient un seul caractère : ce qui
est contraire à l’usage. N’est-ce pas là l’essentiel ? Mais d’autres déterminations
ont pu y être associées. Ainsi le Larousse du XIXème siècle introduit une nuance
de réprobation. En parlant des « usages » que l’insolite ignore ou méprise, le grand
lexicographe entend surtout ce qu’il convient de faire, les règles établies, les
bons usages. Sans être franchement péjoratif, le terme évoque donc quelque chose
de regrettable, dont il convient de se méfier. Un personnage insolite est toujours
un peu suspect. Pourquoi n’est-il pas comme les autres ? Le Robert pour sa part attire
l’attention sur l’effet produit par cette transgression. « L’insolite, écrit-il,
est ce qui surprend par son caractère inaccoutumé. » On peut d’ailleurs aller plus
loin, car la surprise dont il s’agit ici n’est pas toujours agréable. Si je lis
dans un roman, une phrase banale, comme : « mon attention fut attirée par un bruit
insolite... », le terme ne manquera pas d’éveiller, pour le moins, une vague inquiétude.
Il ne désigne pas seulement ce qui surprend, mais ce qui fait frémir. L’insolite,
c’est souvent l’Unheimliche, l’inquiétante étrangeté. Souvent, mais pas toujours.
Car l’insolite, c’est aussi l’heureuse coïncidence, l’imprévu, ce qui bouscule les
habitudes, réjouit, libère, rajeunit ... I’insolite, dont on dit aujourd’hui qu’il
est « décapant ».
Au total, nous sommes en présence d’un terme aux connotations multiples et parfois
contradictoires. L’insolite est par nature capricieux et fuyant: il vous glisse entre
les doigts. Kierkegaard y aurait certainement vu une de ces « catégories amusantes
et spirituelles », qui seront toujours, disait-il sans indulgence « invisibles pour
les maîtres d’écoles ».... Mais que le « penseur privé », le maître de l’ironie,
le théoricien de la subjectivité, le chantre du paradoxe, n’hésitait pas à cultiver.
A l’occasion...