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 Hertz   (Introduction)

Ce membre influent du « clan Heiberg » connaît assez bien Kierkegaard, mais les deux hommes n’ont guère de sympathie l’un pour l’autre.  Hertz écrit dans son Journal que lorsqu’il a rencontré le philosophe pour la première fois, c’était « un jeune étudiant tout à fait inconnu » (alors que lui-même était déjà un écrivain célèbre) : « C’était vers 1836, écrit Hertz,  Kierkegaard  était à L’Union des Etudiants, confortablement allongé sur un sofa. Il me parla sur un ton confidentiel comme si l’on se connaissait depuis longtemps. (2) » Mais les relations resteront très superficielles. Hertz  note qu’ils se rencontrèrent souvent par la suite, « mais toujours dans la rue ou dans un lieu public ». Il se  dit cependant « captivé par sa conversation », ce qui ne l’empêche pas  de noter  « sa voix faible, semblable à celle des castrats, et son habitude de passer brusquement d’un propos animé et joyeux à des considérations beaucoup plus sérieuses (3). » En réalité les deux hommes n’ont pas grand-chose à se dire. L’écrivain professionnel est surtout sensible aux faiblesses stylistiques – incontestables - du premier écrit de Kierkegaard (4)  dont il trouve le langage « mésopotamien » ! Et il tente diplomatiquement de le lui faire comprendre. « Il sembla, écrit Hertz, prendre assez bien mes remarques sur  Les  papiers d’un homme encore en vie : j’émis l’opinion que son style  était emprunté  à Hamann. « Pourtant je n’ai rien lu de lui » répondit-il. Mais  Hamann hante à ce point les écrits  des allemands que vous pouvez  l’attraper de seconde main, ou même de troisième ! » (5). Pour le reste, le Journal de Hertz n’apporte pas de renseignements fiables sur un homme qu’il connaît mal. Le plus souvent il colporte les ragots habituels  sur la cruauté avec laquelle Kierkegaard aurait traité sa fiancée qu’il « tortura à mort avec ses excentricités » (6).

Il y a pourtant dans  l’œuvre de Hertz,  un texte   important qui fait une large place à Søren Kierkegaard.  Frithiof Brandt (7), dès 1929,  attira l’attention sur le célèbre   Atmosphère et Situations, (8) qui va nous occuper maintenant.  A sa sortie le livre avait reçu de la presse une  critique dans l’ensemble plutôt défavorable, probablement à cause des opinions politiques très  conservatrices qu’il exprimait. Il fut cependant   bien reçu par le public  puisqu’une seconde édition fut rapidement nécessaire – chose rare  à l’époque.

 L’auteur reconnaît qu’il avait mis  longtemps à écrire ce  roman à clefs dont le point de départ (ou plutôt le prétexte) était partiellement emprunté à la réalité. Hertz, bénéficiant d’une bourse d’Etat, fait (en 1833/34) un « grand voyage » à l’étranger. C’est le classique « tour d’Europe » que tout intellectuel danois se doit d’effectuer (une fois au moins) dans sa vie : Berlin, Vienne, Trieste, Florence, Rome, Naples (où il fera la connaissance d’H.C. Andersen), et retour par Genève, Lyon, Paris, Strasbourg … Atmosphère et Situations n’est pas le récit du voyage, mais celui du retour. A l’afflux  massif des souvenirs se mêle la découverte de réalités neuves, de personnages inattendus,  de figures insolites

 Les principaux personnages qui vont défiler dans cette galerie de portraits sont censés se retrouver dans un restaurant bon marché tenu par une Mme Børresen.

Il y a d’abord Thomsen, le narrateur,  c’est-à-dire Hertz lui-même.

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Henrik Hertz (1798/1870)  fut  en son temps  très célèbre au Danemark. Après des études de droit, il se lance avec succès dans la carrière littéraire et produit un grand nombre d’œuvres dramatiques (cinquante quatre, paraît-il) : surtout des comédies influencées par Holberg, puis par  Heiberg, et des drames lyriques ou romantiques dans la manière de C.  Delavigne. Il publie également  de nombreux poèmes (1). A sa mort, l’édition complète de ses œuvres comporte vingt-deux volumes pour les pièces de théâtre et quatre pour les poèmes. Son œuvre en prose est moins abondante.

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La Cité Universitaire (Regensen) où Hertz et S.K. se rencontraient « vers 1836 » ...

Mais il est vrai qu’il s’agissait alors de deux jeunes danois un peu perdus dans la grande ville d’Italie. De retour au pays, ils se retrouvent rivaux. Le combat pour la réussite est impitoyable. Le seul personnage qui fasse l’objet d’une approbation sans réserve de la part de l’auteur est celui qu’il appelle Harriet. Il s’agit  d’un de ses amis personnels, un magistrat du nom de P.V. Jacobsen. Ce personnage retiendra notre attention. Il s’agit très probablement d’un des modèles sur lesquels  Kierkegaard s’est réglé pour décrire celui qu’il appelle « l’Assesseur Wilhelm » dans Ou-Bien Ou-bien.

 L’un des personnages importants du roman a porté successivement trois surnoms. Dans ses carnets, Hertz l’appelle  le satirique, puis le pensionnaire. Dans la version ultime du roman, il le nomme  le traducteur. Toute l’intelligentsia de Copenhague identifie facilement  Søren Kierkegaard, et l’intéressé lui-même ne s’y trompe pas. Passons  rapidement sur un personnage  falot qui apparaît très occasionnellement. Ce « grand jeune homme efflanqué », qui ne porte pas de nom et dont on sait   seulement qu’il est « précepteur quelque part à la campagne »,  sera brièvement évoqué au début du livre, simple faire-valoir permettant au  Traducteur d’exercer à peu de frais son ironie mordante. Nous rencontrons même, épisodiquement, un jeune magasinier nommé Jørgensen, modeste représentant des travailleurs manuels, égaré dans ce cénacle d’  « intellectuels ».

 

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Notes

1) Aucune des œuvres de Hertz n’est disponible en traduction. Quelques fragments de son  Journal (inédit) ont été  publiés, en danois et en anglais par M. Kirmmse (cf. Encounters with Kierkegaard, Chap. 10)   

2) Kirmmse, op.  cit.  p. 220.

3) Id. Ibid.

4) Des papiers d’un homme encore en vie.

5) Kirmmse, op.  cit.  p. 220.

6) Id. Ibid.

7) Frithiof Brandt. Den unge Søren Kierkegaard. (Le jeune S. K.) Copenhague. Levin & Munksgaard, 1929.

8) Stemninger og Tilstande . Scener og skildringer af et ophold i Kjøbenhavn af Henrik Hertz

Kjøbenhavn. Reitzels Forlag 1839.  (Atmosphères et Situations, scènes et portraits d’un séjour à Copenhague.) Les extraits que nous présentons ici sont traduits à partir de cette édition.

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Mais surtout  nous rencontrerons un nommé Verner  dans lequel la critique danoise a depuis longtemps reconnu  Peter Ludwig Møller. Nous connaissons déjà ce jeune écrivain, admirateur et rival de Kierkegaard, qui fut, dit-on,  le modèle du  « Séducteur », dont le  célèbre « Journal» contribua  au succès de Ou-Bien Ou-Bien.

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Il y a aussi un certain Amadis  qui n’est autre qu’un jeune  poète  dont les Contes n’ont pas encore fait le tour du monde : Hans Christian Andersen.

Le portrait d’Andersen est particulièrement caricatural. La chose est d’autant plus surprenante que les deux hommes se connaissent parfaitement et s’entendent (apparemment) fort bien. Ils se sont rencontrés à Naples, où ils se sont longuement fréquentés.       

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