
Hertz (Introduction)
Ce membre influent du « clan Heiberg » connaît assez bien Kierkegaard, mais les
deux hommes n’ont guère de sympathie l’un pour l’autre. Hertz écrit dans son Journal que
lorsqu’il a rencontré le philosophe pour la première fois, c’était « un jeune étudiant
tout à fait inconnu » (alors que lui-
Il y a pourtant dans l’œuvre de Hertz, un texte important qui fait une large place à Søren Kierkegaard. Frithiof Brandt (7), dès 1929, attira l’attention sur le célèbre Atmosphère et Situations, (8) qui va nous occuper maintenant. A sa sortie le livre avait reçu de la presse une critique dans l’ensemble plutôt défavorable, probablement à cause des opinions politiques très conservatrices qu’il exprimait. Il fut cependant bien reçu par le public puisqu’une seconde édition fut rapidement nécessaire – chose rare à l’époque.
L’auteur reconnaît qu’il avait mis longtemps à écrire ce roman à clefs dont le point de départ (ou plutôt le prétexte) était partiellement emprunté à la réalité. Hertz, bénéficiant d’une bourse d’Etat, fait (en 1833/34) un « grand voyage » à l’étranger. C’est le classique « tour d’Europe » que tout intellectuel danois se doit d’effectuer (une fois au moins) dans sa vie : Berlin, Vienne, Trieste, Florence, Rome, Naples (où il fera la connaissance d’H.C. Andersen), et retour par Genève, Lyon, Paris, Strasbourg … Atmosphère et Situations n’est pas le récit du voyage, mais celui du retour. A l’afflux massif des souvenirs se mêle la découverte de réalités neuves, de personnages inattendus, de figures insolites …
Les principaux personnages qui vont défiler dans cette galerie de portraits sont censés se retrouver dans un restaurant bon marché tenu par une Mme Børresen.
Il y a d’abord Thomsen, le narrateur, c’est-
Henrik Hertz (1798/1870) fut en son temps très célèbre au Danemark. Après des
études de droit, il se lance avec succès dans la carrière littéraire et produit un
grand nombre d’œuvres dramatiques (cinquante quatre, paraît-

La Cité Universitaire (Regensen) où Hertz et S.K. se rencontraient « vers 1836 » ...
Mais il est vrai qu’il s’agissait alors de deux jeunes danois un peu perdus dans
la grande ville d’Italie. De retour au pays, ils se retrouvent rivaux. Le combat
pour la réussite est impitoyable. Le seul personnage qui fasse l’objet d’une approbation
sans réserve de la part de l’auteur est celui qu’il appelle Harriet. Il s’agit d’un
de ses amis personnels, un magistrat du nom de P.V. Jacobsen. Ce personnage retiendra
notre attention. Il s’agit très probablement d’un des modèles sur lesquels Kierkegaard
s’est réglé pour décrire celui qu’il appelle « l’Assesseur Wilhelm » dans Ou-
L’un des personnages importants du roman a porté successivement trois surnoms. Dans
ses carnets, Hertz l’appelle le satirique, puis le pensionnaire. Dans la version
ultime du roman, il le nomme le traducteur. Toute l’intelligentsia de Copenhague
identifie facilement Søren Kierkegaard, et l’intéressé lui-
-
Notes
1) Aucune des œuvres de Hertz n’est disponible en traduction. Quelques fragments de son Journal (inédit) ont été publiés, en danois et en anglais par M. Kirmmse (cf. Encounters with Kierkegaard, Chap. 10)
2) Kirmmse, op. cit. p. 220.
3) Id. Ibid.
4) Des papiers d’un homme encore en vie.
5) Kirmmse, op. cit. p. 220.
6) Id. Ibid.
7) Frithiof Brandt. Den unge Søren Kierkegaard. (Le jeune S. K.) Copenhague. Levin & Munksgaard, 1929.
8) Stemninger og Tilstande . Scener og skildringer af et ophold i Kjøbenhavn af Henrik Hertz
Kjøbenhavn. Reitzels Forlag 1839. (Atmosphères et Situations, scènes et portraits d’un séjour à Copenhague.) Les extraits que nous présentons ici sont traduits à partir de cette édition.

Mais surtout nous rencontrerons un nommé Verner dans lequel la critique danoise
a depuis longtemps reconnu Peter Ludwig Møller. Nous connaissons déjà ce jeune écrivain,
admirateur et rival de Kierkegaard, qui fut, dit-

Il y a aussi un certain Amadis qui n’est autre qu’un jeune poète dont les Contes n’ont pas encore fait le tour du monde : Hans Christian Andersen.
Le portrait d’Andersen est particulièrement caricatural. La chose est d’autant plus surprenante que les deux hommes se connaissent parfaitement et s’entendent (apparemment) fort bien. Ils se sont rencontrés à Naples, où ils se sont longuement fréquentés.