Poul Martin Møller (né en 1794) poursuit d’abord des études de théologie, qu’il termine en 1826. Mais il renonce au pastorat, et devient précepteur puis aumônier sur un bateau qui fait le tour du monde. Il écrit des poèmes (dont certains sont encore très connus), l’amorce d’un roman, un grand nombre d’aphorismes.
De retour dans la capitale, il devient professeur de latin et de grec, puis enseigne la philosophie morale à l’université de Copenhague où il noue avec le jeune Kierkegaard des relations d’amitié.
Il meurt à 44 ans en 1838.
Sa vie, son œuvre abondante et disparate, laissent apparaître une personnalité profondément
divisée, tiraillée entre deux aspirations antagonistes. Deux hommes en lui s’opposent :
un romantique influencé par le Sturm und drang, et un fonctionnaire petit-
Il écrit énormément, ébauche des plans gigantesques, mais ne mène rien à bout. Son œuvre est faite de fragments.
Anarchie foisonnante d’un côté, culte de l’ordre, amour du vrai, du réel terre à terre de l’autre…C’est cette dernière obsession qui s’exprime dans un article véhément de 1836.
Il s’élève avec vigueur contre la publication des recueils de contes populaires. Au nom de l’insertion sociale, de l’adaptation nécessaire à la « réalité » il suggère qu’il serait « nuisible pour les enfants d’être transportés dans un monde imaginaire chatoyant, alors qu’ils n’ont encore découvert qu’une infime portion du monde réel ».
La lecture des romans « a déjà complètement perturbé l’esprit d’une partie de nos contemporains, a plongé leurs sentiments dans la confusion et les a fait tomber dans un perpétuel somnambulisme, les a dégoûté de l’activité et leur a fait éprouver de la répugnance pour les formes de la vie réelle ».
Or (prétend-
Il va sans dire que la « psychologie de l’enfant » dont il est fait ici étalage est parfaitement imaginaire. P.M. Møller, ou du moins sa moitié respectable règle ses comptes avec son autre romantique et turbulent.
En 1836, Kierkegaard a 23 ans. Il atterré par les propos de son ami. Nous savons qu’il rencontrait très souvent Poul Møller. Bien qu’aucun document n’en donne la preuve formelle, la question de savoir s’il faut raconter des histoires aux enfants a probablement été longuement discutée entre eux. Elle touchait un point sensible chez Kierkegaard, grand lecteur de contes de fées et de récits légendaires. Il fut sans aucun doute révolté par le contenu, à ses yeux scandaleux, de cet article qu’il convient maintenant de découvrir.
